
Les temps sont mornes pour les amateurs de FPS en solitaire. La plupart des jeux de ce type ne sont plus que l'équivalent d'attractions pour gosses, de piteux trains fantômes sans intérêt. Trop courts, extrêmement dirigistes, automatisés à outrance : voilà l'héritage laissé par le succès commercial de Call of Duty 4. Plusieurs titres, dont la publicité vante les qualités authentiques, se révèlent en fait de tristes copies de ce dernier. Pour beaucoup, Duke Nukem Forever est le dernier clou dans le cercueil du genre.
Un de ces clous, planté par les facétieuses consoles, avait été l'annulation de Minerva's Den, la seule véritable extension solo de BioShock 2. Environ neuf mois après sa sortie sur les machines de salon, et après moult réclamations de fans, la voilà qui débarque finalement sur nos PC.
On est donc replongé dans la cité engloutie de Rapture, et l'effet est paradoxal : comme privé d'oxygène pendant trop longtemps, on respire soudain un grand bol d'air frais. On réapprend à explorer, à revenir sur ses pas, à farfouiller. On peut s'arrêter pour regarder les poissons au-travers d'une vitre sans avoir l'attention monopolisée par des explosions ou un militaire nous hurlant des ordres. On constate avec stupéfaction que les développeurs nous laissent jouer à notre rythme. Et ça fait un bien fou!

Comme c'était déjà le cas dans BioShock 2, le joueur enfile dans ce DLC les bottes de plomb d'un Big Daddy, ces scaphandriers massifs emblématiques de la série. Le Sujet Sigma, de son nom de code, parcourt ici l'Antre de Minerve, l'aile technologique de Rapture. En son coeur se trouve le Thinker, un super calculateur qui gère à peu près tout ce qui se passe dans la ville, et, à la surprise de ses créateurs, se met à penser.
Le connaisseur fera rapidement la comparaison (à tort?) entre le Thinker et Shodan, l'intelligence artificielle malfaisante de la série des System Shock. Mais l'univers de BioShock se situant dans un cadre rétro-fantastique, il n'y est pas question d'ordinateurs futuristes. L'informatique en est encore à ses balbutiements. Les machines de Rapture fonctionnent avec des cartes perforées, et on croisera de nombreuses consoles aux cliquetis incessants, qui participent à rendre l'ambiance sensiblement différente des épisodes précédents.
Comme tout élément de pouvoir à Rapture, le Thinker provoque des conflits d'intérêts et d'idéologies. Chacun veut imposer sa vision des choses et en tirer profit, y compris Andrew Ryan, qui fait preuve, au travers d'enregistrements (le moyen narratif principal de BioShock), d'une curiosité pas désintéressée pour cette technologie émergente. Mais le vieux bougre arrive un peu tard à la fête, et l'histoire porte sur le conflit opposant Charles Milton Porter à Reed Wahl, deux des co-créateurs du Thinker.
On pense alors à la place de l'informatique dans le monde d'aujourd'hui, à Internet, et à ceux qui ont cherché et cherchent encore à en tirer les bénéfices par le contrôle.

Le bruit des pas lourds d'un Big Daddy rompt la méditation. Pour peu que l'on se soit suffisamment bien équipé, c'est l'heure de l'affrontement. L'adversaire vaincu, on prend alors sous son aile la Little Sister qu'il protégeait, afin de lui faire collecter de l'Adam, ressource nécessaire à l'achat de nouveaux pouvoirs. Lors de la collecte, il s'agira de protéger la petite, assaillie par les Splicers, ces junkies accros à la ressource.
Ce pan du gameplay, quasiment un jeu dans le jeu, a servi à dynamiser l'action de BioShock 2 et lui a assuré un succès que l'on n'attendait pas vraiment. A tel point qu'il est parfois considéré comme meilleur que son aïeul. Je ne suis pas tout-à-fait d'accord avec cette opinion, mais il faut se rendre à l'évidence que les batailles y sont plus frénétiques.
Les nouveautés de ce DLC ne sont pas surabondantes mais ont le mérite d'exister : une nouvelle arme, sorte de laser pas transcendant mais efficace, une nouvelle plasmide, qui permet de créer des mini vortex, et un nouveau type de Big Daddy. Tout cela n'est pas bouleversant, mais on pardonne face au plaisir que l'on ressent en arpentant de nouveau les couloirs suintants de la ville maudite.

Minerva's Den clot de belle manière le chapitre subaquatique de la famille des "Shock". Il est construit comme un mini-BioShock 2, reprenant tous ses élément de manière condensée, et jouit d'une difficulté très bien dosée. L'histoire, touchante et fort bien écrite, est appuyée par une musique et des voix de grande qualité, dans la tradition mélancolique de la série. Son récit est indépendant de l'histoire principale de Rapture mais s'y inscrit à merveille. On passera environ 5 heures à arpenter cette Antre suivant le niveau de difficulté choisi, et si l'on décide ou non de délivrer toutes les Little Sisters.
Voilà exactement ce dont les fans avaient besoin en attendant la bave aux lèvres BioShock Infinite. Espérons néanmoins que celui-ci ne nécessite pas l'usage du très mal conçu Games for Windows Live, qui était pour certains une raison de bouder BioShock 2. C'est une position qui se défend, mais c'est également une grave erreur : en ces temps de disette, le jeu et son DLC sont plus que recommandables pour tout joueur de bon goût.
8/10

0 comments?:
Enregistrer un commentaire